Arnaque sur Vinted, Leboncoin ou Marketplace : à partir de quand c'est pénal
Entre un vendeur qui tarde et un vendeur qui n'a jamais eu l'objet, la différence n'est pas le montant : c'est l'intention de tromper. Cette page sert à la reconnaître, à la prouver avant que le compte disparaisse, et à choisir entre les deux procédures qui existent, celle qui sanctionne et celle qui rend l'argent. Elles ne sont pas les mêmes, et beaucoup de dossiers se perdent à les confondre.

L'essentiel
- L'escroquerie n'a pas de seuil de montant. Quinze euros extorqués par un faux lien de paiement constituent la même infraction que quinze mille, punie de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende (article 313-1 du Code pénal).
- Un retard de livraison ou un objet non conforme reste un litige contractuel. L'escroquerie suppose une manoeuvre frauduleuse antérieure au paiement : annonce fictive, fausse identité, faux lien de règlement, faux justificatif d'envoi.
- Le premier geste est de figer l'annonce, le profil et la conversation. La demande de remboursement provoque presque toujours la suppression du compte, et la plateforme ne restitue pas les contenus effacés aux particuliers.
- La plainte pénale sanctionne l'auteur ; elle ne vaut pas procédure de recouvrement. Pour obtenir la somme, il faut se constituer partie civile ou saisir le juge civil, le plus souvent par une injonction de payer.
Litige commercial ou escroquerie : la ligne est l'intention de tromper
Toutes les transactions qui tournent mal ne sont pas des infractions. Le Code pénal n'exige pas que vous ayez perdu de l'argent de bonne foi : il exige qu'un procédé de tromperie vous ait déterminé à le remettre.
L'escroquerie est le fait, soit par l'usage d'un faux nom ou d'une fausse qualité, soit par l'abus d'une qualité vraie, soit par l'emploi de manoeuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d'un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque [...]
| Ce qui s'est passé | Qualification | Où cela se traite |
|---|---|---|
| Le colis arrive en retard, ou l'article est moins beau que sur la photo | Litige contractuel | La plateforme, puis le juge civil |
| L'annonce n'a jamais correspondu à un objet existant, les photos sont volées ailleurs | Escroquerie | Plainte pénale |
| Un faux lien « Vinted » ou « Leboncoin » demande vos coordonnées bancaires pour « débloquer » le paiement | Escroquerie, et collecte frauduleuse de données | Plainte pénale |
| Un faux justificatif d'expédition est produit pour obtenir le déblocage des fonds | Escroquerie par usage d'un faux document | Plainte pénale |
| Vous avez prêté ou confié l'objet, et il n'est jamais revenu | Abus de confiance | Plainte pénale, article 314-1 |
| L'acheteur a payé puis obtenu l'annulation du paiement après réception | Escroquerie au préjudice du vendeur | Plainte pénale |
L'intention se prouve rarement par un aveu. Elle se déduit de faits objectifs : un compte créé la semaine précédente, des photos retrouvées sur un autre site, une annonce identique publiée sous dix pseudonymes, un IBAN déjà signalé, un refus systématique de tout autre moyen de paiement que celui qui ne laisse pas de recours.
Ce que la protection acheteur couvre, et ce qu'elle ne couvre pas
Les protections proposées par les plateformes sont contractuelles. Elles ne découlent pas de la loi, elles découlent des conditions générales, et elles cessent exactement là où ces conditions le prévoient. Cela a une conséquence pratique immédiate : elles ne couvrent presque jamais ce qui s'est passé en dehors de la plateforme.
| Situation | Protection de la plateforme |
|---|---|
| Paiement effectué dans l'application, objet jamais reçu | Généralement couvert, dans les délais de signalement prévus par les conditions générales |
| Paiement effectué par virement, cadeau par carte prépayée, ou lien envoyé en message privé | Non couvert : la transaction est sortie de la plateforme |
| Transaction en main propre avec remise d'espèces | Non couvert |
| Objet reçu mais non conforme | Couvert sous conditions, avec obligation de signaler avant l'expiration du délai d'acceptation |
| Compte du vendeur supprimé après le paiement | Couvert si le paiement était interne, perdu s'il était externe |
Les preuves à sauvegarder avant que l'annonce disparaisse
L'ordre des gestes décide du dossier. Un vendeur frauduleux supprime son compte dès la première relance, et avec lui l'annonce, les photos et la conversation. Tout ce qui n'a pas été capturé avant est perdu.
- Capturer l'annonce entière avant d'écrire quoi que ce soit : titre, prix, photos, description, date de publication, adresse de la page.
- Capturer le profil : pseudonyme, date d'inscription, nombre d'évaluations, localisation annoncée, autres annonces en ligne.
- Capturer la conversation complète, du premier message au dernier, sans recadrer : c'est là que figurent les manoeuvres, et les horaires comptent.
- Conserver la preuve du paiement : relevé bancaire, référence du virement, nom du bénéficiaire, IBAN, reçu de la carte prépayée, numéro du coupon.
- Conserver l'adresse de livraison communiquée, le numéro de téléphone, l'adresse électronique, et le nom donné par l'interlocuteur, même s'il est faux : ce sont les éléments d'identification dont l'enquête a besoin.
- Seulement ensuite, réclamer. Et signaler à la plateforme, qui conserve de son côté les données de connexion que l'autorité judiciaire pourra lui demander.
Une recherche d'image inversée sur les photos de l'annonce prend trente secondes et vaut souvent démonstration : retrouver le même cliché sur une boutique étrangère ou sur une annonce ancienne établit que l'objet n'a jamais été entre les mains du vendeur.
Petit montant, vraie infraction : il n'y a pas de seuil
C'est la croyance qui fait le plus de dégâts : « pour trente euros, ça ne vaut pas la peine ». Juridiquement, la phrase est fausse. Le Code pénal ne fixe aucun montant minimum à l'escroquerie, et le délit est constitué dès que la tromperie a déterminé la remise.
Ce qui varie avec le montant n'est pas la qualification, c'est le traitement. Un préjudice de quelques dizaines d'euros, pris isolément, a peu de chances de mobiliser une enquête. Le même préjudice rapporté à un IBAN déjà signalé par cinquante autres plaignants en a beaucoup plus : les services d'enquête travaillent sur des séries, et une série n'existe que si chaque victime a déposé plainte.
Précision utile si l'on vous dit le contraire au guichet : les services de police et de gendarmerie ne peuvent pas refuser de recevoir une plainte, quel que soit le montant en cause. Ce point et les recours en cas de refus sont détaillés dans notre page sur la plainte et la main courante.
Arnaque au faux colis et au faux transporteur
Le montage s'est généralisé parce qu'il fonctionne sur une attente réelle : vous attendez effectivement un colis. Le message annonce des frais de douane, une taxe de réacheminement ou une adresse incomplète, et renvoie vers une page qui reproduit l'identité d'un transporteur.
- Le préjudice n'est pas le montant demandé, qui est toujours faible : c'est la saisie des coordonnées bancaires sur la page frauduleuse, et les opérations qui suivent, parfois des semaines plus tard.
- Dès que des données bancaires ont été saisies, la démarche bascule : opposition immédiate, contestation écrite auprès de la banque, et plainte. Les règles de remboursement sont celles décrites dans notre page sur l'escroquerie bancaire.
- Le faux justificatif d'expédition est la variante vendeur : un suivi inventé ou le numéro de suivi d'un autre envoi est produit pour obtenir le déblocage des fonds. L'usage de ce faux document est un élément à part entière du dossier.
- Conservez le message reçu avec son expéditeur complet et l'adresse exacte du lien, sans le rouvrir : c'est cette adresse que l'enquête exploite.
Faire jouer la plateforme et porter plainte en même temps
- 1
Jour 1
Capturer l'annonce, le profil et la conversation. Signaler le contenu à la plateforme et ouvrir le litige interne, qui est soumis à des délais courts.
- 2
Jour 1 également, si des données bancaires ont été saisies
Faire opposition et contester par écrit les opérations auprès de la banque. Ce geste n'attend pas l'issue du litige avec le vendeur.
- 3
Dans la semaine
Déposer plainte avec les pièces réunies, en désignant précisément les manoeuvres : annonce fictive, fausse identité, faux lien de paiement, faux justificatif d'envoi.
- 4
Ensuite
Conserver le récépissé. Les plateformes le demandent dans les dossiers importants, et il sert de point de départ au suivi de la procédure.
Une remarque sur le ton des échanges : les messages de menace, même mérités, se retournent régulièrement contre leur auteur et polluent un dossier propre. Réclamez par écrit, factuellement, et conservez la trace.
Récupérer son argent : plainte pénale ou injonction de payer
Il faut être clair, car c'est l'attente la plus fréquente et la plus déçue : la plainte pénale ne rembourse pas. Elle saisit le procureur de la République, qui décide de poursuivre ou non l'auteur. La restitution de la somme suit un chemin distinct, et il existe deux manières de l'emprunter.
| Voie | Ce qu'elle obtient | Ce qu'elle suppose |
|---|---|---|
| Plainte pénale simple | La poursuite éventuelle de l'auteur | Rien, mais la décision appartient au parquet |
| Constitution de partie civile | Des dommages et intérêts prononcés par la juridiction pénale | Une procédure pénale en cours ou provoquée, et un auteur identifié |
| Injonction de payer devant le juge civil | Un titre exécutoire contre le vendeur | L'identité et l'adresse réelles du vendeur, et une créance justifiée par des écrits |
| Procédure simplifiée de recouvrement des petites créances | Un accord puis un titre, par commissaire de justice | L'accord du débiteur, et une créance d'au plus 5 000 euros |
Pour les demandes n'excédant pas 5 000 euros, une tentative de conciliation, de médiation ou de procédure participative est obligatoire avant de saisir le juge, à peine d'irrecevabilité que le juge peut prononcer d'office (article 750-1 du Code de procédure civile). L'injonction de payer, qui est une requête et non une assignation, échappe en pratique à ce préalable.
Les textes cités
- Article 313-1 du Code pénal
- Escroquerie : manoeuvres frauduleuses déterminant la remise de fonds, cinq ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende.
- Article 313-2 du Code pénal
- Circonstances aggravantes : sept ans et 750 000 €, dix ans et un million d'euros en bande organisée.
- Article 314-1 du Code pénal
- Abus de confiance : détournement d'un bien remis volontairement, cinq ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende.
- Article 750-1 du Code de procédure civile
- Tentative préalable de conciliation, de médiation ou de procédure participative obligatoire pour les demandes n'excédant pas 5 000 €.
Questions fréquentes
Peut-on porter plainte pour une arnaque de petit montant ?
Oui. Il n'existe aucun seuil de montant pour l'escroquerie : le délit est constitué dès qu'une manoeuvre frauduleuse a déterminé la remise des fonds, quel qu'en soit le montant. Les services de police et de gendarmerie ne peuvent pas refuser de recevoir la plainte pour cette raison.
Un retard de livraison est-il une escroquerie ?
Non, en principe. Un retard ou un objet non conforme relève du litige contractuel, qui se règle avec la plateforme puis devant le juge civil. L'escroquerie suppose une tromperie antérieure au paiement : annonce fictive, fausse identité, faux lien de règlement, faux justificatif d'expédition.
La protection acheteur de Vinted ou de Leboncoin remplace-t-elle une plainte ?
Non. Ces protections sont contractuelles et dépendent des conditions générales de la plateforme : elles couvrent généralement les paiements effectués dans l'application, et pas les transactions sorties de la plateforme. Le signalement interne et la plainte pénale se cumulent sans s'exclure.
Que faire si le vendeur a supprimé son compte ?
Déposer plainte avec les captures réalisées avant la suppression et les références du paiement. Les données de connexion sont conservées par la plateforme et seule une autorité judiciaire peut les obtenir : c'est précisément ce que la plainte permet d'enclencher.
La plainte permet-elle de récupérer l'argent ?
Pas par elle-même. La plainte saisit le procureur, qui poursuit ou non. Pour obtenir la somme, il faut se constituer partie civile afin que la juridiction pénale accorde des dommages et intérêts, ou saisir le juge civil, le plus souvent par une requête en injonction de payer, ce qui suppose de connaître l'identité réelle du vendeur.
Quelle peine encourt l'auteur d'une arnaque en ligne ?
L'escroquerie est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende (article 313-1 du Code pénal). Les peines sont portées à sept ans et 750 000 euros dans certains cas aggravants, notamment au préjudice d'une personne dont la particulière vulnérabilité est apparente, et à dix ans et un million d'euros en bande organisée.
L'annonce a disparu, et le vendeur avec
Rassemblez ce que vous avez capturé. Un avocat au barreau de Paris qualifie les manoeuvres, rédige la plainte avec les identifiants exploitables du dossier, et l'adresse au procureur compétent.
Déposer plainte pour l'arnaque

