Arnaque sur Vinted, Leboncoin ou Marketplace : à partir de quand c'est pénal

Entre un vendeur qui tarde et un vendeur qui n'a jamais eu l'objet, la différence n'est pas le montant : c'est l'intention de tromper. Cette page sert à la reconnaître, à la prouver avant que le compte disparaisse, et à choisir entre les deux procédures qui existent, celle qui sanctionne et celle qui rend l'argent. Elles ne sont pas les mêmes, et beaucoup de dossiers se perdent à les confondre.

10 min de lectureDroit vérifié le 21 octobre 2026
Un carton de livraison posé devant une porte blanche, sur un mur de brique.
Tima Miroshnichenko / Pexels

L'essentiel

  • L'escroquerie n'a pas de seuil de montant. Quinze euros extorqués par un faux lien de paiement constituent la même infraction que quinze mille, punie de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende (article 313-1 du Code pénal).
  • Un retard de livraison ou un objet non conforme reste un litige contractuel. L'escroquerie suppose une manoeuvre frauduleuse antérieure au paiement : annonce fictive, fausse identité, faux lien de règlement, faux justificatif d'envoi.
  • Le premier geste est de figer l'annonce, le profil et la conversation. La demande de remboursement provoque presque toujours la suppression du compte, et la plateforme ne restitue pas les contenus effacés aux particuliers.
  • La plainte pénale sanctionne l'auteur ; elle ne vaut pas procédure de recouvrement. Pour obtenir la somme, il faut se constituer partie civile ou saisir le juge civil, le plus souvent par une injonction de payer.

Litige commercial ou escroquerie : la ligne est l'intention de tromper

Toutes les transactions qui tournent mal ne sont pas des infractions. Le Code pénal n'exige pas que vous ayez perdu de l'argent de bonne foi : il exige qu'un procédé de tromperie vous ait déterminé à le remettre.

L'escroquerie est le fait, soit par l'usage d'un faux nom ou d'une fausse qualité, soit par l'abus d'une qualité vraie, soit par l'emploi de manoeuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d'un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque [...]

Article 313-1 du Code pénal
Ce qui s'est passéQualificationOù cela se traite
Le colis arrive en retard, ou l'article est moins beau que sur la photoLitige contractuelLa plateforme, puis le juge civil
L'annonce n'a jamais correspondu à un objet existant, les photos sont volées ailleursEscroqueriePlainte pénale
Un faux lien « Vinted » ou « Leboncoin » demande vos coordonnées bancaires pour « débloquer » le paiementEscroquerie, et collecte frauduleuse de donnéesPlainte pénale
Un faux justificatif d'expédition est produit pour obtenir le déblocage des fondsEscroquerie par usage d'un faux documentPlainte pénale
Vous avez prêté ou confié l'objet, et il n'est jamais revenuAbus de confiancePlainte pénale, article 314-1
L'acheteur a payé puis obtenu l'annulation du paiement après réceptionEscroquerie au préjudice du vendeurPlainte pénale
L'abus de confiance et l'escroquerie se distinguent par un seul point : dans l'escroquerie, la remise est obtenue par la tromperie ; dans l'abus de confiance, la remise était volontaire et c'est l'usage ultérieur qui est détourné.

L'intention se prouve rarement par un aveu. Elle se déduit de faits objectifs : un compte créé la semaine précédente, des photos retrouvées sur un autre site, une annonce identique publiée sous dix pseudonymes, un IBAN déjà signalé, un refus systématique de tout autre moyen de paiement que celui qui ne laisse pas de recours.

Ce que la protection acheteur couvre, et ce qu'elle ne couvre pas

Les protections proposées par les plateformes sont contractuelles. Elles ne découlent pas de la loi, elles découlent des conditions générales, et elles cessent exactement là où ces conditions le prévoient. Cela a une conséquence pratique immédiate : elles ne couvrent presque jamais ce qui s'est passé en dehors de la plateforme.

SituationProtection de la plateforme
Paiement effectué dans l'application, objet jamais reçuGénéralement couvert, dans les délais de signalement prévus par les conditions générales
Paiement effectué par virement, cadeau par carte prépayée, ou lien envoyé en message privéNon couvert : la transaction est sortie de la plateforme
Transaction en main propre avec remise d'espècesNon couvert
Objet reçu mais non conformeCouvert sous conditions, avec obligation de signaler avant l'expiration du délai d'acceptation
Compte du vendeur supprimé après le paiementCouvert si le paiement était interne, perdu s'il était externe
C'est pourquoi la proposition de « payer en dehors pour éviter les frais » est, à elle seule, le signal d'alerte le plus fiable.

Les preuves à sauvegarder avant que l'annonce disparaisse

L'ordre des gestes décide du dossier. Un vendeur frauduleux supprime son compte dès la première relance, et avec lui l'annonce, les photos et la conversation. Tout ce qui n'a pas été capturé avant est perdu.

  1. Capturer l'annonce entière avant d'écrire quoi que ce soit : titre, prix, photos, description, date de publication, adresse de la page.
  2. Capturer le profil : pseudonyme, date d'inscription, nombre d'évaluations, localisation annoncée, autres annonces en ligne.
  3. Capturer la conversation complète, du premier message au dernier, sans recadrer : c'est là que figurent les manoeuvres, et les horaires comptent.
  4. Conserver la preuve du paiement : relevé bancaire, référence du virement, nom du bénéficiaire, IBAN, reçu de la carte prépayée, numéro du coupon.
  5. Conserver l'adresse de livraison communiquée, le numéro de téléphone, l'adresse électronique, et le nom donné par l'interlocuteur, même s'il est faux : ce sont les éléments d'identification dont l'enquête a besoin.
  6. Seulement ensuite, réclamer. Et signaler à la plateforme, qui conserve de son côté les données de connexion que l'autorité judiciaire pourra lui demander.

Une recherche d'image inversée sur les photos de l'annonce prend trente secondes et vaut souvent démonstration : retrouver le même cliché sur une boutique étrangère ou sur une annonce ancienne établit que l'objet n'a jamais été entre les mains du vendeur.

Petit montant, vraie infraction : il n'y a pas de seuil

C'est la croyance qui fait le plus de dégâts : « pour trente euros, ça ne vaut pas la peine ». Juridiquement, la phrase est fausse. Le Code pénal ne fixe aucun montant minimum à l'escroquerie, et le délit est constitué dès que la tromperie a déterminé la remise.

Ce qui varie avec le montant n'est pas la qualification, c'est le traitement. Un préjudice de quelques dizaines d'euros, pris isolément, a peu de chances de mobiliser une enquête. Le même préjudice rapporté à un IBAN déjà signalé par cinquante autres plaignants en a beaucoup plus : les services d'enquête travaillent sur des séries, et une série n'existe que si chaque victime a déposé plainte.

Précision utile si l'on vous dit le contraire au guichet : les services de police et de gendarmerie ne peuvent pas refuser de recevoir une plainte, quel que soit le montant en cause. Ce point et les recours en cas de refus sont détaillés dans notre page sur la plainte et la main courante.

Arnaque au faux colis et au faux transporteur

Le montage s'est généralisé parce qu'il fonctionne sur une attente réelle : vous attendez effectivement un colis. Le message annonce des frais de douane, une taxe de réacheminement ou une adresse incomplète, et renvoie vers une page qui reproduit l'identité d'un transporteur.

  • Le préjudice n'est pas le montant demandé, qui est toujours faible : c'est la saisie des coordonnées bancaires sur la page frauduleuse, et les opérations qui suivent, parfois des semaines plus tard.
  • Dès que des données bancaires ont été saisies, la démarche bascule : opposition immédiate, contestation écrite auprès de la banque, et plainte. Les règles de remboursement sont celles décrites dans notre page sur l'escroquerie bancaire.
  • Le faux justificatif d'expédition est la variante vendeur : un suivi inventé ou le numéro de suivi d'un autre envoi est produit pour obtenir le déblocage des fonds. L'usage de ce faux document est un élément à part entière du dossier.
  • Conservez le message reçu avec son expéditeur complet et l'adresse exacte du lien, sans le rouvrir : c'est cette adresse que l'enquête exploite.

Faire jouer la plateforme et porter plainte en même temps

  1. 1

    Jour 1

    Capturer l'annonce, le profil et la conversation. Signaler le contenu à la plateforme et ouvrir le litige interne, qui est soumis à des délais courts.

  2. 2

    Jour 1 également, si des données bancaires ont été saisies

    Faire opposition et contester par écrit les opérations auprès de la banque. Ce geste n'attend pas l'issue du litige avec le vendeur.

  3. 3

    Dans la semaine

    Déposer plainte avec les pièces réunies, en désignant précisément les manoeuvres : annonce fictive, fausse identité, faux lien de paiement, faux justificatif d'envoi.

  4. 4

    Ensuite

    Conserver le récépissé. Les plateformes le demandent dans les dossiers importants, et il sert de point de départ au suivi de la procédure.

Une remarque sur le ton des échanges : les messages de menace, même mérités, se retournent régulièrement contre leur auteur et polluent un dossier propre. Réclamez par écrit, factuellement, et conservez la trace.

Récupérer son argent : plainte pénale ou injonction de payer

Il faut être clair, car c'est l'attente la plus fréquente et la plus déçue : la plainte pénale ne rembourse pas. Elle saisit le procureur de la République, qui décide de poursuivre ou non l'auteur. La restitution de la somme suit un chemin distinct, et il existe deux manières de l'emprunter.

VoieCe qu'elle obtientCe qu'elle suppose
Plainte pénale simpleLa poursuite éventuelle de l'auteurRien, mais la décision appartient au parquet
Constitution de partie civileDes dommages et intérêts prononcés par la juridiction pénaleUne procédure pénale en cours ou provoquée, et un auteur identifié
Injonction de payer devant le juge civilUn titre exécutoire contre le vendeurL'identité et l'adresse réelles du vendeur, et une créance justifiée par des écrits
Procédure simplifiée de recouvrement des petites créancesUn accord puis un titre, par commissaire de justiceL'accord du débiteur, et une créance d'au plus 5 000 euros
Les deux dernières voies supposent de savoir qui poursuivre. Face à un vendeur dont l'identité est fausse, l'enquête pénale est le seul moyen de l'établir : c'est la raison pour laquelle la plainte vient en premier, même quand l'objectif est l'argent.

Pour les demandes n'excédant pas 5 000 euros, une tentative de conciliation, de médiation ou de procédure participative est obligatoire avant de saisir le juge, à peine d'irrecevabilité que le juge peut prononcer d'office (article 750-1 du Code de procédure civile). L'injonction de payer, qui est une requête et non une assignation, échappe en pratique à ce préalable.

Les textes cités

Article 313-1 du Code pénal
Escroquerie : manoeuvres frauduleuses déterminant la remise de fonds, cinq ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende.
Article 313-2 du Code pénal
Circonstances aggravantes : sept ans et 750 000 €, dix ans et un million d'euros en bande organisée.
Article 314-1 du Code pénal
Abus de confiance : détournement d'un bien remis volontairement, cinq ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende.
Article 750-1 du Code de procédure civile
Tentative préalable de conciliation, de médiation ou de procédure participative obligatoire pour les demandes n'excédant pas 5 000 €.

Questions fréquentes

Peut-on porter plainte pour une arnaque de petit montant ?

Oui. Il n'existe aucun seuil de montant pour l'escroquerie : le délit est constitué dès qu'une manoeuvre frauduleuse a déterminé la remise des fonds, quel qu'en soit le montant. Les services de police et de gendarmerie ne peuvent pas refuser de recevoir la plainte pour cette raison.

Un retard de livraison est-il une escroquerie ?

Non, en principe. Un retard ou un objet non conforme relève du litige contractuel, qui se règle avec la plateforme puis devant le juge civil. L'escroquerie suppose une tromperie antérieure au paiement : annonce fictive, fausse identité, faux lien de règlement, faux justificatif d'expédition.

La protection acheteur de Vinted ou de Leboncoin remplace-t-elle une plainte ?

Non. Ces protections sont contractuelles et dépendent des conditions générales de la plateforme : elles couvrent généralement les paiements effectués dans l'application, et pas les transactions sorties de la plateforme. Le signalement interne et la plainte pénale se cumulent sans s'exclure.

Que faire si le vendeur a supprimé son compte ?

Déposer plainte avec les captures réalisées avant la suppression et les références du paiement. Les données de connexion sont conservées par la plateforme et seule une autorité judiciaire peut les obtenir : c'est précisément ce que la plainte permet d'enclencher.

La plainte permet-elle de récupérer l'argent ?

Pas par elle-même. La plainte saisit le procureur, qui poursuit ou non. Pour obtenir la somme, il faut se constituer partie civile afin que la juridiction pénale accorde des dommages et intérêts, ou saisir le juge civil, le plus souvent par une requête en injonction de payer, ce qui suppose de connaître l'identité réelle du vendeur.

Quelle peine encourt l'auteur d'une arnaque en ligne ?

L'escroquerie est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende (article 313-1 du Code pénal). Les peines sont portées à sept ans et 750 000 euros dans certains cas aggravants, notamment au préjudice d'une personne dont la particulière vulnérabilité est apparente, et à dix ans et un million d'euros en bande organisée.

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