Déposer plainte en ligne : l'officiel, et ce qu'il ne couvre pas

L'État propose deux services de dépôt en ligne. Ils sont gratuits, ils fonctionnent, et pour une partie des situations ils suffisent. Ils refusent en revanche tout ce qui touche aux personnes, et ils ne qualifient rien. Voici la comparaison, sans détour, pour savoir laquelle des quatre voies correspond à votre situation.

8 min de lectureDroit vérifié le 19 octobre 2026

Une petite table de travail devant une fenêtre à rideau de dentelle, en pleine lumière.
KATRIN BOLOVTSOVA / Pexels

L'essentiel

  • Le dépôt de plainte en ligne de l'État existe pour deux familles de faits : les atteintes aux biens dont l'auteur est inconnu, et les escroqueries commises par internet.
  • Aucun service en ligne de l'État n'accepte les atteintes aux personnes : violences, harcèlement, menaces, infractions sexuelles se déposent devant un officier de police judiciaire ou par courrier au procureur.
  • La police et la gendarmerie ont l'obligation de recevoir votre plainte, même pour des faits commis ailleurs que dans leur ressort, et de vous remettre un récépissé (article 15-3 du Code de procédure pénale).
  • Déposer une plainte est toujours gratuit. Ce qui se paie, c'est le travail d'un avocat : la qualification des faits, les demandes d'acte d'enquête et le suivi de la procédure.

Le dépôt en ligne de l'État : atteintes aux biens, auteur inconnu

Deux dispositifs publics existent, et ils ne font pas la même chose.

La pré-plainte en ligne (pre-plainte-en-ligne.gouv.fr) s'adresse aux atteintes aux biens dont vous ne connaissez pas l'auteur : un vol, une dégradation, une escroquerie. Vous remplissez le formulaire, un service de police ou de gendarmerie vous rappelle pour un rendez-vous, et votre plainte n'est juridiquement déposée qu'au moment où vous la signez sur place. Le gain est réel, mais c'est un gain de temps d'attente au guichet, pas une dispense de déplacement.

La plainte en ligne pour les escroqueries commises par internet, accessible depuis masecurite.interieur.gouv.fr, va plus loin : elle permet un véritable dépôt, sans déplacement, pour les arnaques en ligne, le chantage à la webcam, les rançongiciels, le piratage de compte et les faux sites. Les signalements y sont regroupés, ce qui permet de rapprocher plusieurs victimes du même auteur. C'est son intérêt principal, et il est considérable sur ce type de faits.

Le fondement de ces services est l'article 15-3-1 du Code de procédure pénale, qui autorise le dépôt de plainte par voie électronique, dans des conditions fixées par décret, et garantit que la victime soit entendue si elle le demande.

Les situations qu'il n'accepte pas

La limite des services en ligne de l'État n'est pas technique, elle est voulue : dès qu'il y a une personne en face, la loi veut un échange avec un officier de police judiciaire.

  • Les violences, qu'elles soient physiques ou psychologiques, y compris au sein du couple.
  • Le harcèlement, moral comme sexuel, au travail, dans le voisinage ou en ligne.
  • Les menaces, le chantage hors contexte numérique, l'extorsion.
  • Les infractions sexuelles, sans exception.
  • Tout fait dont vous connaissez l'auteur, même pour une simple atteinte aux biens : le formulaire de pré-plainte le refuse explicitement.
  • La diffamation et l'injure publiques, qui obéissent à une procédure de presse et à un délai de trois mois seulement.

Dans ces cas, il reste deux voies, et elles sont ouvertes en permanence : le dépôt devant un service de police ou de gendarmerie, et la plainte adressée directement au procureur de la République.

Pré-plainte, plainte en ligne, plainte au commissariat : trois choses différentes

Pré-plainte en lignePlainte en ligne (escroqueries internet)Commissariat ou gendarmeriePlainte rédigée par un avocat
DéplacementOui, pour signerNonOuiNon
Faits acceptésAtteintes aux biens, auteur inconnuEscroqueries et atteintes commises par internetTousTous
Qualification juridique des faitsNonNonPar l'enquêteurPar l'avocat, avant l'envoi
Demandes d'acte d'enquêteNonNonNonOui, dans la plainte
DestinataireService de police saisiPlateforme nationaleService saisi, puis parquetProcureur de la République directement
CoûtGratuitGratuitGratuitHonoraires
Les quatre voies sont légales et aucune n'exclut les autres : une plainte déposée au commissariat peut être complétée plus tard par une plainte circonstanciée adressée au procureur.

Une quatrième voie existe donc, et elle est plus ancienne que toutes les autres : la plainte adressée au procureur de la République. L'article 40 du Code de procédure pénale prévoit que le procureur reçoit les plaintes et les dénonciations, et apprécie la suite à leur donner. Une lettre suffit à le saisir, à condition qu'elle soit complète.

Ce qu'un avocat ajoute à une plainte

Une plainte n'est pas un récit : c'est un acte qui doit permettre à un magistrat de décider en quelques minutes s'il y a une infraction, laquelle, et ce qu'il convient de demander aux enquêteurs. Quatre différences se jouent là.

  1. 1

    La qualification

    Les mêmes faits peuvent être un abus de confiance, une escroquerie ou rien du tout selon la façon dont l'argent a changé de main. Nommer l'infraction et citer l'article du code, c'est présenter un dossier qui s'instruit plutôt qu'une doléance qui s'apprécie.

  2. 2

    Les pièces, visées et numérotées

    Un échange de messages versé en vrac n'a pas la même force qu'un bordereau de pièces numérotées, chaque pièce étant appelée dans le récit des faits à l'endroit où elle le prouve.

  3. 3

    Les demandes d'acte

    Réquisition auprès d'une banque, identification d'un titulaire de compte, exploitation d'une vidéosurveillance avant qu'elle ne soit effacée : ces demandes ne figurent jamais dans une plainte déposée au guichet. Elles donnent au parquet une enquête possible plutôt qu'un dossier sans piste.

  4. 4

    Le bon parquet

    La compétence territoriale se détermine par le lieu de l'infraction, celui du domicile de l'auteur ou celui de son arrestation. Une plainte adressée au mauvais parquet est transmise, mais elle perd des semaines.

Ce travail n'améliore aucune statistique et ne garantit aucune suite : le procureur reste seul maître de l'opportunité des poursuites (article 40-1). Il change en revanche ce sur quoi il décide.

Ce que coûte chaque voie

Déposer plainte ne coûte rien, et il faut le dire franchement : ni la pré-plainte, ni la plainte en ligne, ni le dépôt au commissariat, ni la lettre au procureur ne sont payants. Aucun service, public ou privé, ne peut vous faire payer l'accès à la justice pénale.

Ce qui se paie est le travail d'un avocat. Chez Easyplainte, il est affiché : 249,90 € pour une plainte rédigée et contresignée par un avocat au barreau de Paris puis adressée au procureur compétent, 389,90 € avec un entretien téléphonique préalable. Le règlement peut être échelonné. Ces montants sont ceux d'un acte, convention d'honoraires signée avant tout travail.

Avant de payer quoi que ce soit, deux vérifications valent la peine : votre contrat d'assurance habitation ou votre carte bancaire comportent peut-être une garantie de protection juridique, et selon vos revenus l'aide juridictionnelle peut prendre en charge tout ou partie des honoraires. Le simulateur officiel de justice.fr répond en quelques minutes.

Le suivi : ce que vous saurez, et quand

C'est le point aveugle de toutes les voies. La loi vous garantit deux informations : un récépissé au dépôt, et l'avis de la décision prise sur votre plainte, classement compris, avec ses motifs (article 40-2 du Code de procédure pénale). Entre ces deux moments, rien n'oblige personne à vous tenir informé, et c'est l'expérience que décrivent la plupart des victimes.

Vous pouvez agir sur ce silence : demander par écrit au procureur l'état d'avancement de votre dossier en rappelant sa référence, et vous faire assister pour obtenir la copie des pièces de la procédure.

Sur ce point, notre parti pris est de ne jamais afficher un statut supposé. Chaque information portée à votre dossier est datée et sourcée : accusé de réception du parquet, document officiel reçu, retour de l'avocat. Quand rien n'a bougé, votre espace affiche la date de la dernière vérification, et non une formule rassurante qui ne reposerait sur rien.

Les textes cités

Article 15-3 du Code de procédure pénale
Obligation de recevoir la plainte, y compris pour des faits commis hors du ressort, et de remettre un récépissé.
Article 15-3-1 du Code de procédure pénale
Dépôt de plainte par voie électronique, et droit de la victime à être entendue si elle le demande.
Article 40 du Code de procédure pénale
Le procureur de la République reçoit les plaintes et apprécie la suite à leur donner.
Articles 40-1 et 40-2 du Code de procédure pénale
Opportunité des poursuites, et avis donné au plaignant de la décision prise et de ses motifs.

Questions fréquentes

Peut-on porter plainte en ligne pour tous les délits ?

Non. Les services en ligne de l'État sont limités aux atteintes aux biens dont l'auteur est inconnu et aux escroqueries commises par internet. Pour les violences, le harcèlement, les menaces et les infractions sexuelles, le dépôt se fait devant un service de police ou de gendarmerie, ou par plainte adressée au procureur de la République.

Quelle est la différence entre une pré-plainte et une plainte en ligne ?

La pré-plainte est une déclaration préalable : elle ne devient une plainte qu'une fois signée au commissariat ou à la gendarmerie, lors d'un rendez-vous. La plainte en ligne pour les escroqueries sur internet est, elle, un dépôt complet, sans déplacement.

Faut-il un avocat pour porter plainte ?

Non, jamais. Le dépôt de plainte est libre et gratuit. L'avocat devient utile lorsque la qualification des faits est discutable, lorsque des demandes d'acte d'enquête sont nécessaires, après un classement sans suite, ou lorsqu'il faut se constituer partie civile.

Combien de temps après les faits peut-on porter plainte ?

Le délai dépend de la gravité de l'infraction : un an pour une contravention, six ans pour un délit, vingt ans pour un crime, avec des règles particulières pour les infractions occultes et pour les victimes mineures. Le point de départ n'est pas toujours le jour des faits.

Une plainte en ligne a-t-elle la même valeur qu'une plainte au commissariat ?

Oui. Une plainte déposée par voie électronique dans le cadre prévu par l'article 15-3-1 du Code de procédure pénale, comme une plainte adressée au procureur par courrier, saisit le parquet exactement comme un dépôt au guichet.

Votre situation n'entre pas dans les cases de l'État ?

Racontez ce qui s'est passé avec vos mots. Un avocat au barreau de Paris qualifie les faits, rédige la plainte, la contresigne et l'adresse au procureur territorialement compétent.

Commencer ma plainte